Après ma semaine de repos entre les murs de la cité Inca de Cusco, me
revoici sur la route et notamment à travers la Bolivie. En dette de soleil et étant déjà passé il y a quelques semaines mon escapade bolivienne fût rapide.
J’ai donc franchi la frontière bolivienne à Desagradero le 7 janvier au matin, deux heures de
queue pour faire tamponner mon passeport à la sortie du Pérou et une bonne demie heure de l’autre côté pour enfin remonter dans le bus direction La Paz. La plus haute capitale du monde avec
ces près de 3600m d’altitude (centre) et ces 2,5 millions d’habitants n’a pas changé depuis mon dernier passage accompagné de mes parents. Ambiance grouillante et froide, noyée dans une
atmosphère noire et pauvre ; non, décidément même si La Paz a certainement des choses à offrir ce n'est pas a moi qu'elle les offrira. Je n’ai aucun feeling avec cette ville et ce n’est pas après
5 mois de voyage solitaire que je vais me transformer en consommateur d’espace à vouloir à tout prix “visiter” car c’est La Paz !
Cette ville est cependant stupéfiante par sa physionomie, défiant les lois de la stratification
sociale et de la gravité. En effet, au contraire de la majorité des villes du monde, ici ce sont les riches qui vivent dans les quartiers bas et centraux et les pauvres qui vivent en périphérie,
accrochés sur les flancs de la vallée dans laquelle est venue se nicher la ville (Chuquiago Marka). Les tentacules de la pieuvre urbaine, avec les laissés pour compte accrochés aux ventouses, a
même débordé largement sur le plateau pour créer une seconde ville, El Alto , perchée à 4000m d’altitude et indépendante depuis 1985. Cette cité peu commune où l’eau boue à 80 degrès, n’aura donc
été qu’un passage pour moi cette fois car le soir même de mon arrivée, je filais par un bus de nuit en direction de Sucre.
Alors, après s’être arraché des griffes urbaines, nous étions de nouveau en “paix” en filant
vers le sud. Cette quiétude s’est subitement rompue à une heure du matin lorsqu’il a fallu descendre du bus et assister au changement d’une roue crevée à l’arrière gauche. Une roue qui déjà au
départ offrait des faiblesses car j’avais surpris une discussion du chauffeur et des ces assistants qui refusaient de réparer maintenant et préféraient faire cela sur la route lorsqu’ils auraient
trouvé un garagiste adéquate. Effectivement nous nous interrogions de ces multiples arrêts pendant les premières heures et malheureusement le chauffeur n’a pas dû rencontrer les compétences
suffisantes et a dû se charger lui même du labeur en pleine nuit ! Nous sommes tout de même arrivés à Sucre au matin et là j’ai découvert une ville beaucoup plus agréable et calme. J’y ai
passé de belles heures de détente et de lecture dans le parc Simon Bolivar notamment mais aussi sur la place 25 de Mayo et dans ma petite pension familiale à deux pas du
centre.
Sucre c’est aussi le lieu de rencontre avec les M&M’s, soit Marie
& Mathias, deux jeunes français voyageant entre Equateur et Argentine avec qui j’ai eu tout loisir de discuter voyages, rencontres, regard sur le monde. Un moment autour d’une bière et d’un
bon repas qui m’a redonné un petit goût de France absolument pas désagréable.
Avec une joie de vivre toute particulière et enchanté par mes deux jours passés en ces lieux
j’ai repris le rituel du voyageur c’est à dire faire le sac, prendre un collectivo jusqu’à la gare routière et monter dans un bus en direction d’une nouvelle découverte.
Cette fois ci la destination était Potosí, une ville célèbre pour sa mine d’argent et son
altitude. En effet, après avoir parcouru plusieurs heures de route au beau milieu des magnifiques paysages de l’altiplano Bolivien et après avoir eu notre crevaison de rigueur, ici je suis arrivé
dans la ville la plus haute du monde perchée à 4070m. Cette citée dominé par le “cerro rico” la “montagne riche” fût bien froide et quelque peu austère ; cependant elle m’a permis de voir un nouveau visage de la Bolivie. Tout d’abord, la mine
qui est la principale activité de la région ouvre les yeux sur ce que peux représenter le travail ici. Alors qu’ils étaient 18 000 mineurs il y a peine deux ans, ils ne sont plus que 5000
aujourd’hui (faute à la baisse du tour de l’argent) à travailler dans des conditions inimaginables. A plus de 800m de profondeur des hommes âgés de 16 à 30 ans, en moyenne, extraient des
quantités incroyables de minerais en utilisant dynamite et huile de coude pour pousser les chariots de plusieurs centaines de kilo jusqu’à l’extérieur. Dans une chaleur approchant les 40 degrés,
une humidité constante et des risques d’éboulement permanents, ces hommes s’offrent un labeur de 13 heures par jours pour gagner entre 35 et 40 Bolivianos soit 3,80 à 4 euros! Ajoutez à cela
l’entreprise de ces valeureux qui travaillent la nuit du vendredi au samedi en plus afin de ne pas perdre la journée du Dimanche non travaillée dans ce pays très catholique.
Alors, après La Paz qui manquait d’âme à mon goût, Sucre offrait une vision plus saine, plus
calme et plus riche, liée à son statut de capitale constitutionnelle ; Potosí s’affirmait comme le symbole du peuple Bolivien. Un peuple qui vit dans des conditions difficiles géographiquement et
économiquement, et qui s’accroche à l’espoir que représente Evo Morales.
Evo Morales est né d’une famille Aymara à Orinoca, une ville minière du département de Oruro.
Leader du mouvement vers le socialisme il a remporté les élections Boliviennes le 18 Décembre 2005 et se déclare le premier président de la République de Bolivia d’origine Amérindienne. Mais
surtout, depuis son intronisation par les représentants indigènes du pays sur les ruines de Tiwanaku le 21 Janvier 2006 (grande date !) celui-ci s’efforce de mener une politique en faveur
des peuples indigènes oubliés depuis trop longtemps et surtout en faveur des pauvres en tentant d’assurer une meilleure redistribution des richesses et en leur donnant la parole dans les grands
tournants décisionnels du pays. D’ailleurs en ce moment même il bat campagne en faveur d’un changement de constitution qui favoriserait sa politique socialiste. Dans ce tournant de l’histoire que
vit actuellement le pays, Potosí affiche un OUI sans partage au contraire de Sucre qui parait défenseur du NON. L’avenir dira très vite dans quelle direction voudra partir ce pays extraordinaire
mais une chose est sur, Morales aura donné au peuple la chance de choisir son destin et de se départir de l’égide des patrons et bureaucrates corrompus et figés dans leur immobilisme complaisant,
croulant sous des montagnes d’argent. Evo Morales, que certains pourront critiquer, fait quoi qu’il arrive parti de ces vecteurs du changement qui, à l’image de Hugo Chavez au Venezuela, offrent
une vision différente du monde où le peuple passe avant les caisses et où la banalisation de la pauvreté sur l’autel de « toujours plus de profit » ne semble pas faire parti des
programmes. Je salue donc la politique de cet homme qui, je l’espère, saura montrer la voie.
Après avoir exploré les bas fonds de Potosí, j’ai repris la route vers le sud. Six heures de
piste dans des lieux où la Terre parait tourner plus lentement, avec un léger goût d’Afrique, et un soleil enfin plus ardu au fur et à mesure de la descente vers Tupiza. Cette ville taxée
de far best Bolivien mérite pleinement sa réputation tellement elle offre des paysages fait de cactus, de pierre ocre, de vastes
étendues désolées et de profonds canyons. C’est d’ailleurs la ville où j’ai pu mettre à profit un vieux rêve de gamin en me prenant pour un cow boy. Accompagné par mon ami Eric, agé de 14 ans,
j’ai eu le plaisir de chevaucher dans des lieux d’une quiétude stupéfiante où seul le rythme des sabots de mon cheval venait perturber tranquillement la sérénité des lieux. Personne à l’horizon,
nous avons parcouru le canyon del Duende et le canyon del Inca dans une longue balade de cinq heures qui m’a permi d’apprécier le contact avec l’animal et d’envisager un jour une réelle aventure
avec ces compagnons volontaires.
Enfin, la fin du séjour
Bolivien s’est avérée bien moins plaisante car tout d’abord, la ville ne disposant pas de distributeur de billet il m’a fallu faire la queue à la banque pour obtenir difficilement quelques
billets, soit tout juste de quoi payer ma pension et mon billet en direction de l’Argentine. J’ai donc débuté le voyage vers un nouveau pays (argentine) sans rien dans le ventre depuis près de
24h. Arrivé péniblement à la frontière après plus de deux heures de piste, beaucoup de poussière et un chauffeur qui prenait un malin plaisir a doubler ces collègues camionneurs dans des
situations périlleuses, j’ai eu droit au flegme Bolivien pour la sortie du territoire et au zèle Argentin pour l’entrée. Résultat j’ai loupé ma correspondance en Argentine et été obligé de
patienter plus de deux heures sous l’orage qui m’accueillait dans ce pays où règne l’été. J’ai fini par monter dans un
bus qui m’a conduit jusqu’à Salta, ma première halte Argentine qui signe le début d’un voyage différent.
Suite très vite. Pour les photos je m'en excuse mais je rencontre actuellement un problème de
transfert, il faudra donc patienter.
Americalement.