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1 novembre 2008 6 01 /11 /novembre /2008 02:58

C’est donc le mardi 15 Octobre 2008 qu’a débuté une folle semaine pour moi, folle n’est pas le terme adéquate mais plutôt hors du commun. D’ailleurs, cette semaine fut riche de mille choses et notamment d’écriture, ce qui m’est impossible de livrer ici en détail (écrits pourtant cruciaux et palpitants). Je croise donc les doigts pour qu’un jour l’on m’offre la chance de présenter ces écrits sous quelques formes que ce soit...

C’est donc Umberto qui fut mon professeur et guide durant cette semaine qui vint me chercher à Flores pour rejoindre San Jose, de l’autre cote du lac Peten. Sans attendre, il me conduisit dans ma famille pour la soirée et la nuit, la famille de Doña Germinia, un petit bout de femme bien attachante dont le visage exprime une vie dévotion pour sa famille. La maison de mes hôtes, perchée sur les pentes de San Jose, surplombait le lac et offrait toute la simplicité et l’authenticité d’une maison guatémaltèque, sans fioritures et sans réel confort.

Une cuisine extérieure, couverte par un toit de taule (comme toute la maison par ailleurs) où Germinia concocte ces plats au feu de bois et fait sa vaisselle à l’eau de pluie.

























Une salle à manger où trônent fièrement quelques ustensiles, une radio qui a déjà des heures de vol et petite table en bois centrale, le tout sur un sol en terre cerclé de murs en planches donnent un charme tout particulier à cet endroit accolé au reste de la maison.


























La maison qui semble profiter d’un matériau plus solide et abrite les chambres et le salon.


Le salon se compose d’un immense meuble sur lequel règne impérieusement une télévision entourée d’un petit canapé, deux petits fauteuils et d’un inévitable hamac où j’ai eu l’immense privilège de me lover afin de regarder l’équipe nationale du Guatemala affronter celle de Cuba en vue de la qualification au Mondial de Football. Un match improbable, tout comme les buts qui permis à Cuba de l’emporter dans un match qui ressemblait plus à celui de deux équipes de moins de seize ans du district de l’Allier se disputant le ballon sans trop savoir qui devait faire quoi sur le terrain. C’est un jugement cruel et je m’en excuse d’avance mais triste réalité footballistique !
Enfin, ma chambre, simple....

 

























Lendemain, départ pour la réserve. Au programme une trentaine de kilomètres en pick up puis 5km à pied. Ces 5km nous ont pris 2h, chargés de nos sacs, de la nourriture et de l’eau nécessaires à notre semaine. Nous étions aidés en cela par deux gardes venus à notre rencontre et heureusement car le trajet fût fort pénible, sous une chaleur incroyable et une humidité coupant le souffle tout autant que l’environnement dans lequel nous évoluions. J’ai eu l’impression de vivre l’un de ces documentaires où des scientifiques suivent des indigènes sur de petits sentiers ouverts au coupe-coupe et offrant un spectacle vivant à chaque pas.

C’est donc deux heures plus tard que nous sommes arrivés au camp qui fût mon lieu de vie pour 6 jours. Déconcertant pourrait être le mot, tout comme surprenant, inimaginable ou tout superlatif de la même famille. Une salle de classe immense où trône une toute petite table et un grand tableau blanc. Un petit bâtiment servant de toilette/douche et qui finalement semblait servir très peu puisque largement occupé par un faune diverse. Un dortoir au toit de palmes où j’ai fait connaissance avec mon lit, un vieux matelas où règne sans partage humidité et vie microscopique tout à fait en osmose avec ce type de milieu, celui-ci étant couvert par une moustiquaire ingénieusement maintenue en élévation par deux bouts de bois scellée aux pieds du lit. Enfin, la cuisine où nous avons passé le plus clair de notre temps à "cuisiner", parler, écouter la radio (seul contact avec le monde) et attendre !

 












 










Oui en effet, la semaine s’est résumée en de forts simples journées où le réveil s’effectuait aux alentours de 6h pour le petit déjeuner, puis à 8h débutaient les cours jusqu’à 12h, suivis d’un repas et de repos dams les hamacs. Les après midi se sont le plus souvent traduits par de longues attentes, la faute à une pluie incessante apportée par une maudite dépression tropicale qui ne nous permis qu’une seule sortie en forêt. Enfin, après un repas pris entre 17h30 et 18h nous nous réfugions dans le dortoir et jouions aux cartes à la bougie pour se coucher aux alentours de 20h faute d’occupation. J’ai donc très largement mis les après midi à profit pour potasser mon espagnol, lire et surtout écrire sur cette formidable aventure humaine.  Et oui, une sacrée aventure humaine car je vivais en ces lieux avec Umberto et trois gardes (Daniel, Moises et Joël) avec qui j’ai eu tout loisir de faire fructifier mon apprentissage de la langue dans de longues discussions sur l’environnement, la culture Maya des communautés Guatémaltèques, l’histoire du pays, la politique et surtout la vie ici dans ce milieu si peu propice. Ces hommes vivent ici durant 22 jours pour 8 jours passés dans leur famille et leur activité est essentiellement tournée vers la préservation du milieu et la surveillance de ces espaces si convoités par agriculteurs et narcotrafiquants qui y voient un lieu retiré, propice à la culture, à la fabrication et à la transaction. Alors, ces hommes au delà d’être en danger constant face à des êtres sans lois vivent dans un milieu difficile où il leur est nécessaire de consacrer du temps à leur alimentation afin d’éviter de tomber malade, ce qui pourrait rendre les choses compliquées si loin.

























Joël, Umberto et Daniel qui posent avec le sérieux de rigueur pour les photos au Guatemala !

J’ai donc eu la chance de partager leur quotidien et d’apprendre énormément à leur contact sur ce qui m’entourait et ce qui pouvait il y avoir en moi. Le temps du recul et de l’analyse n’est pas encore venu mais cette expérience aura un poids sur le reste du voyage et sur mon avenir, je n'en doute pas. Mon indice, contrairement à tous les autres sur cette Terre qui ne tourne plus très rond, n’a pas connu de chute libre et au contraire s’est envolé pour crever les plafonds du capital vie. Capitale vie qui aurait put tout de même faire banqueroute. Mais pour être plus clair voilà ce qui s’est passé :

Après six jours de pluie incessante la probabilité de crue du ruisseau traversé à l’aller en pick up a poussé Humberto, en accord avec les autorités affolée par les inondations de la région, à prendre la décision d’un départ anticipé d’une journée. Le rendez-vous était donc fixé à 10h près de cette fameuse rivière. Décollage du camp à 7h pour 10km de marche dans une forêt inondée et toujours écrasée par la chaleur et l’humidité. A 9h30 nous étions face à ce ruisseau, bel et bien grossi au point d’atteindre la taille d’une grosse rivière et qui, sans attendre, imposa une forte inquiétude. Umberto pris la décision d’aller voir et s’engagea sur les berges inondées pour atteindre le lit où le courant semblait très fort avec de l’eau jusqu’au thorax. Un pas de plus vers le courant et il disparu en une fraction de seconde, à peine si j’ai eu le temps de voir son regard affolé. Sans réfléchir j'ai couru sur les berges autant que l’eau m’en laissa l’opportunité puis je l’aperçu à une dizaine de mètres, accroché dans un arbre. Etant plus grand le courant abattait moins de prise sur moi et je pus le rattraper et le tirer vers un espace où l'eau nous laissait plus de répit et où il me glissa un "il faut vite sortir d’ici", je m’exécutais et aurais l’explication que plus tard. Réunis au "sec", le pick up et deux hommes sont apparus de l’autre côté. Une cinquantaine de mètres nous séparait et rendait la communication difficile, ce qui ne nous empecha pas de voir tomber à l'eau notre espoir, comme le pont situé quelques kilomètres en aval et qui nous aurait permis de passer au sec au prix de quelques heures de marche. Tergiversations, discussions, tentative de passage de corde (trop courte) et les heures passaient. Moi je voyais mon rendez-vous avec ma soeur dans dix jours à San Jose (Costa Rica) se noyer dans le courant et surtout un retour probable à la réserve avec, comme mot d’ordre, l’attente forcée et un rationnement en nourriture et en eau. Finalement, je passes les détails du domaine du bricolage mais les deux compères de l’autre côté ont réussis à mettre un petit tronc d’arbre entre leur rive et un arbre situé au ¾ de la distance ; de notre côté nous nous avons bricolé un bout de corde entre notre berge et l’arbre au prix de mon saut dans le courant et d’un rattrapage in extremis au feuillage de celui-ci. Voila, une fois ce pont improvisé entre nous et le monde trafiqué, il nous fallait passer, nous et nos sacs. Mais avant cela, alors que notre premier aller retour sur la berge inondée s’était fait curieusement au pas de course, Umberto me fit une révélation : bien que rare dans la région, cet espace de berge sans courant et avec beaucoup de végétation, pouvait être l’endroit parfait pour subir une attaque d’anaconda ! Une sueur supplémentaire et une sensation très légitime de vulnérabilité m’envahissait ; il était évident qu’une attaque de serpent aquatique dans un mètre cinquante d’eau, avec un sac de 20kg sur le dos ne nous laisserait pas grande chance, tout comme l’hypothèse d’une rupture du "pont" ou d’une défaillance musculaire qui nous propulserait dans le courant avec cette charge sur les épaules qui nous transformerait assez vite en grosse pierre. Enfin, en plein coeur du Guatemala, alors que les inondations mettaient le pays sous les eaux il était évident que nous ne pouvions attendre d’aide de personne. C’est donc la peur au ventre que nous nous sommes lancés et que nous avons pu constater que ce genre d’instant compte dans une vie et pousse le corps à développer une force incroyable, simplement pour survivre...

 

























Si j’écris aujourd’hui ces quelques lignes il est évident que l’aventure s’est bien terminée et que nous avons été seulement quitte d’une belle frayeur et de l’inondation de nos sacs. Aujourd’hui tout cela est du domaine de l’anecdote comme pour ponctuer en beauté ce séjour incroyable. Alors, le soir même j’étais de retour chez Germinia pour faire sécher mes affaires, partager un bon repas et me remettre des émotions car dès le lendemain matin je prenais mon dernier cours avec Umberto, cet homme incroyablement intelligent et cultivé avec qui j’ai partagé de tellement bons moments et qui m’a transmis extrêmement de choses à travers son espoir de voir un jour son pays changer. C’est donc triste que j’ai bouclé mon sac et dit au revoir à mon précepteur d’une semaine qui le restera pour une vie. J’ai alors filé par bateau vers Santa Elena (route coupées) où j’ai sauté dans un bus direction Cuidad de Guatemala et Antigua où j’ai le bonheur d’être actuellement.

 

Aventureusement

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