San Cristóbal de las Casas
Le coup de foudre, me voila littéralement tombé amoureux de cette ville. Capitale culturelle de l’état
du Chiapas elle mérite pleinement son rang tant cette bourgade transpire de couleurs, d’art, de musiques, d’échanges, de cosmopolitisme. D’ailleurs, je ne semble pas être le seul à aimer cet
endroit car au-delà du nombre incroyable de touristes de toutes origines, il y a ici beaucoup d’européens, pour la plupart routards, qui ont déposé leurs valises ici pour profiter de la douceur
de vivre de cette cité perchée à 2300m d’altitude en pleine Sierra Madre de Chiapas.
J’ai écoulé trois jours suaves et sereins entre longues balades dans ces
rues pavées aux maisons ornées de milles couleurs, musées d’anthropologie, petits cafés sympas pour les longs moments d’écriture et belles rencontres. En effet, comme par enchantement j’ai
retrouvé à mon arrivée dans un des multiples hôtels de la ville, dans mon dortoir, sur le lit voisin, Yoël, un collègue routard venu d’Israël que j’avais rencontré près de quinze jours auparavant
à Oaxaca. Dans ce même dortoir un troisième compère est venu se joindre à nous, Rodrigo, un argentin sur la route depuis 6 mois et qui transitait ici pour ses derniers jours, avant de rejoindre
son pays. Enfin, Tess et Amyh, deux Australiennes fort sympathiques et pleines d’entrain ont complété notre bande qui se voudrait difficilement plus cosmopolite afin de partager de belles soirées
autour d’une bière dans le bar inévitable de la ville : la revolucion !
Enfin, le dernier jour de mon passage en
cette formidable cité fut le plus notable. Parti une nouvelle fois au gré des intuitions je me suis retrouvé en périphérie du village où se tenait l’un des plus beau marché vu à ce jour. Une
foule dense et compacte où chacun essayait de trouver son chemin entre les étales de fruits, légumes, vêtements et mille choses toutes plus différentes les unes que les autres. Tout cela, une
nouvelle fois, baigné de musique que les mexicains aiment écouter très forte et de mille odeurs émanant apparemment d’un point central. Alors, après une heure de pérégrinations dans ce labyrinthe
de sensations j’ai tenté de suivre ces odeurs en pénétrant dans les trous de souris laissés entre deux étalages pour découvrir au centre du marché une sorte d’amas organisé de tables couvertes de
toiles cirées entre lesquelles des centaines de femmes s’affairaient à faire vivre les feux qui brulaient sous d’immenses gamelles. Voilà la provenance des odeurs ! Comme un trésor, un petit
écrin préservé de l’œil du touriste, les mexicains venus des villages alentours pour ce marché se retrouvent ici pour partager des déjeuners copieux et préparés « à la bonne
franquette ». Il est vrai que l’image tout à fait artisanale de ces cuisines pourrait faire reculer pas mal de mes semblables, moi j’y ai vu l’endroit parfait pour enfin partager une bribe
de vie purement mexicaine. Ma présence et mon attablement a attiré les regards et provoqué l’étonnement des cuisinières. Après une minute d’observations j’ai eu droit à un accueil chaleureux,
mais timide, me proposant de multiples mets qui semblaient
tous plus gouteux les uns que les autres. J’ai finalement opté pour du poulet accompagné de riz, de tomates, quelques légumes, un délice. J’ai surtout eu droit à la rupture de
la glace franche et nette qui m’a permis de passer près de deux heures attablé à discuter avec une maman me demandant le nom de tous les membres de ma famille, une jeune fille de 15 ans qui
m’expliquait qu’elle préférait travailler ici plutôt que d’aller à l’école, ou une grand-mère m’interrogeant sur ma provenance et sur ce qui, que diable, m’amenait ici ! Expérience inoubliable et
réjouissante je suis sorti de ce petit monde dans le monde le ventre plein (pour moins de 3 euros !) et les yeux encore piquants de tant de couleurs et d’émotions.
Palenque
Lendemain de cette expérience incroyable me voila de nouveau sur la route où, pour la première fois, il m’a fallu me convaincre que le seul moyen de rejoindre la prochaine étape en profitant des
sites naturels, le tout dans un temps raisonnable, était de faire cela avec un “tour organise”. Première et dernière fois me suis-je dit le soir venu ! Certes, les sites visités ont été
formidables mais la montre comme régulateur non merci !
Agua Azul, une sorte de succession de cascades offertes par le découpage
en escalier des strates
calcaires qui
forment le lit de la confluence de tríos rivieres (Otulún, Shumuljá y Tulijá), fut le premier arrêt. Encore un de ces Lieux où le monde autour n’existe plus, capté par la beauté et la majesté des
eaux qui s’écoulent, on reste bouche bée et on contemple sans s’imaginer une seule seconde que cette merveille est en train de façonner un peu plus le paysage. Les sédiments arrachés aux versants
de leurs bassins confèrent aux eaux une couleur extraordinaire et agissent un à un comme des pointes de diamant pour nous offrir la plus belle des sculptures, le tout dans un bruit assourdissant
et une humidité incroyable.
En effet, descendus sérieusement depuis notre départ au matin de San Cristóbal, nous voici en pleine zone tropicale, étreins par une chaleur incroyable et une humidité tout autant surprenante qui rend les déplacements pénibles et le souffle court, mais cela n’est qu’un début.
Misol-ha, deuxième stop de la journée, un cran de plus dans la
chaleur et l’humidité et un cran de plus dans la majesté des lieux. Tout d’abord, à l’approche, c’est un bruit incroyable, un vrombissement qui semble venir des entrailles de la Terre, puis on
l’aperçoit, une chute d’eau vertigineuse de près de 30m de haut qui termine sa course dans un bassin circulaire qui a tout d’une piscine naturelle. Alors, cette rupture dans l’écorce terrestre
qui se trouve sur le trajet de l’écoulement de l’eau a fait de cet endroit un lieu magique où l’on reste tranquillement les yeux grands ouverts en attendant que notre cher guide nous rappelle à
l’ordre pour tout gentiment remonter dans le bus direction Campeche.
Les ruines de Palenque furent donc l’ultime arrêt de la journée où le guide nous a royalement accordé deux heures que j’ai largement mises à profit pour explorer ces ruines qui sont en
grande partie couvertes par la jungle. L’un des ensembles le plus important du monde Maya et pour moi l’un des plus impressionnant à ce jour. Les pierres calcaires couvertes de lichens et
édifiées jusqu’à plus de 30m de haut dans un style architectural parfait. Des temples éventrés par des fromagers géants, et une cité parcourue par une petite rivière où, là encore, la roche mère
offre de superbes cascades dans une jungle dense créant un décor tiré tout droit d’un film d’Indiana Jones. Enfin, la tropicalité a atteint son apogée, il fait près de 40 degrés au soleil, une
humidité de plus de 80 % et je fais pleinement connaissance avec les habitants les moins sympathiques des lieux : les moustiques. Alors à la manière d’une vache chassant ses mouches j’ai passé le
plus clair de mon temps à observer les temples à travers les mouvements de mes mains pour chasser l’intrus tentant de prélever un peu de mon sang et par la même occasion, m’inoculer le palud qui
fait sa réapparition depuis quelques temps dans la région.
Une fois les yeux remplis à raz bord j’ai eu la joie de dire au revoir à mes confrères touristes qui repartaient direction San Cristóbal car moi je restais pour la nuit, tout près des ruines,
dans le lieu-dit El Panshan où ont fleuri, depuis plusieurs dizaines d’années, de petits hôtels proposant de passer la nuit dans une cabane en pleine jungle (ou presque). A peine arrivé et déposé
mon sac dans ma cabane j’ai eu la joie de retrouver Tess et Amyh mes deux amies Australiennes qui ont pris la même route que moi. Nous avons donc une nouvelle fois partagé cette soirée dans la
jungle ensemble, j’y ai même appris à jouer au Uno avec les règles Australiennes ¡ Mais j’ai surtout fait la connaissance de Hélène et Jean-Bernard qui, sur la table à côté de la notre, ont
échangé quelques mots en Français qui ont attiré mon oreille et m’ont obligé à les saluer. Alors, j’ai découvert deux personnes passionnées par les ovnis et la communication extraterrestre, venus
dans la région et surtout allant dans le Yucatán pour l’arrivée très prochaine de la révélation d’une vie extraterrestre qui s’affirmerait ici. La présence des temples mayas dégageant une énergie
très forte y serait formidablement propice. Ma curiosité toujours intacte je n’ai pu m’empêcher de poser mille questions et donc de créer un échange dévoilant nos vies, nos visions et nos projets
respectifs ce qui a eu pour effet de transporter complètement Jean-Bernard m’affirmant que la grandeur de mon être faisait de moi quelqu’un d’à part (apparemment il en frissonnait) qui recevait
et était guidé imperceptiblement par cette force supérieure. Incroyable mais vrai, cela s’est passé comme ça avec eux et je peux vous affirmer qu’au-delà de l’étrangeté de la conversation, elle
fut réellement passionnante. Comme un amoureux de sa religion qui vous parle de sa vision du monde sans vous tirer aux forceps vers un dieu meilleur que son voisin. Non, réellement, ce fut fort
instructif et intéressant alors il me reste maintenant à voir si le destin va s’affirmer et si ma vie va véritablement prendre l’ampleur qu’elle semble devoir prendre…
Quoi qu’il en soit j’ai passé une petite nuit dans ma cabane en compagnie
des singes hurleurs qui ne m’ont laissé que peu de répit puisque je repartais à 6h du matin direction le Guatemala.
Americalement.
Quelques minutes plus tard nous faisions nos premiers pas dans cet endroit dont le rythme endiablé et
chaud m’a saisi sans round d’observation à la hauteur des hanches pour ne plus jamais me lâcher de la soirée. Envoûté ? Enivré ? Accroché ? Je ne saurai comment le décrire, mais
très vite mes jambes ne demandaient qu’à suivre ce rythme. Seul hic ? Les mexicains, des dieux de la danse qui vous clouent sur votre chaise, posé sur votre petit cul d’européen qui ne sait
pas bouger à les regarder faire tourner les femmes dans des virevoltes interminables et voluptueuses. Et puis, on fini par ranger sa fierté au placard lorsque eux-mêmes vous initient aux pas de
base, et alors très vite, ce rythme se déplace dans tout votre corps dans un mouvement ascendant et on se surprend enfin à faire tourner maladroitement sa partenaire. Et puis la chaleur, cette
chaleur qui vient comme un ingrédient indispensable assaisonner la danse pour lui donner un peu plus de saveur encore, un petit goût de tropiques, d’exotisme, de folie… Enfin, épuisé et encore
admiratif de tous ces funambules de la danse qui tournent inlassablement, au bout de la nuit, on tire sa révérence à la reine de la soirée… la Salsa !
toujours plus forte du gâchis
causé par les conquistadors lorsque l’on connaît la richesse intellectuelle qui régnait ici à grands coups de mathématiques, astronomie ou médecine. Une bonne après-midi la tête en l’air ou
concentré sur ces escaliers vertigineux et nous rentions à l’auberge pour enfin dormir dans un lit après deux jours de hamacs et deux nuits de bus. Cependant, une belle surprise nous attendait
là-bas, nous avons pu constater avec joie la présence sur nos boîtes emails d’un message des filles nous annonçant leur venue pour Mercredi. Réjouissance et changement de programme en repoussant
le départ vers le sud pour la fin de semaine.
El Palacio del Gobierno
Le café La Habanna
Mazatlan n’est franchement pas une ville agréable à mes yeux mais la Isla de la Piedra c’est tout autre chose ! Une petite île à quelques centaines de mètres de la ville, on y
arrive dans des petits bateau-taxi ce qui ajoute un charme supplémentaire et dès l’arrivée, le pied posé sur l’embarcadère, on ressent une ambiance particulière, singulière et typique d’une île.
Arrivés là-bas le 18 au matin nous l’avons quittée avec regret le 20 après trois jours d’une vie intense qui nous obligeait à « courir » entre les hamacs à l’ombre d’une grande cahutte,
l’océan à 25° et le restaurant où nous mangions poissons et fruits de mer délicieux arrosé de la classique cerveza qui s’est imposée à nous comme un rituel, non pas pour ses effets enivrant, mais
bien pour l’hydratation plus que nécessaire sous les 35° de la plage. Je tiens d’ailleurs à noter que depuis mon entrée au Mexique, afin de garder une certaine sérénité intestinale j’oublie
totalement le reflex du verre d’eau du robinet et j’investie grandement dans les bouteilles d’eau minérale.
Pour revenir à notre île, nous avons réellement profité avec grand bonheur de ce petit coin pacifiquement agréable où nous avons fait la connaissance de trois frères version
Allemando-suédoise. En effet, dans notre « hostel » à hamacs nous avons partagé nos soirées et une bonne partie de nos journées de détente avec Dominic, Sebastian et Benjamin, des
frangins d’origine suédoise dont l’un vit en Allemagne et avec qui le feeling a été plutôt bon. Tandis que l’entente franco-française entre le voyageur solitaire et les routardes s’accentuait
sérieusement au fil des minutes et des heures passées ensemble nous avons eu droit à un nouveau compagnon de voyage inattendu (c’est le moins que l’on puisse dire !) que certaines ont eu la
malchance de devoir supporter bien plus. En effet, le jour du départ, alors que nous posions le pied sur le continent, nous avons filés vers la croix rouge car Laura et Lydie présentaient de
sérieuses brûlures sur le ventre et le dos, des cloques grosses comme des pièces de 10 pesos et des marques étrangement étranges un peu partout sur le corps. La seule explication que nous avons
put avoir est celle de la probable présence d’un poisson dans les eaux du Pacifique qui brûle et dont le poison impose des réactions stigmatiques sur le corps en réaction aux rayons du soleil.
Les pauvres ont dû supporter cela plusieurs jours durant, une douleur que je n’aurais pas la prétention de pouvoir vous décrire et qui m’a imposé une nouvelle fois un sacré respect pour ces
femmes qui ont souffert en silence et qui ont continué la route avec toujours autant d’entrain.
Fermez les yeux et imaginez l’entrain et le rythme que provoque l’action des distributions, des manivelles et des bielles que le moteur fait se mouvoir pour nous tirer vers notre but.
A cela le vent qui vous balaye le visage constamment puisque votre place est définitivement à la connexion de deux wagons, là où il est possible d’être à demi dehors afin de contempler les
paysages extraordinaires et incroyablement changeants qu’offre la lente descente le long du Copper canyon. Et puis cette chaleur, une chaleur qui se love tranquillement au fur et à mesure de
notre descente vers la plaine côtière et qui fini par faire apparaître des perles de sueur sur le front alors que le coucher du soleil vous tient inexorablement ébahis, en haleine…
supplémentaires.
70km en 3h30 ? Se seraient-ils trompés ? Aurions nous mal compris ? Nous avons été à vraie dire assez vite renseignés puisque lorsque le bus a redémarré nous avons tout simplement
été subjugué de le voir pénétrer dans un chemin sur lequel il n’existait pas un mètre carré au même niveau. Tout de suite, l’interrogation concernant la durée du trajet nous est apparu limpide
étant donné notre vitesse de croisière atteignant péniblement le 15km/h. Et le plus fou, tenez vous bien, c’est que cela n’était que l’apéritif. En effet, ce chemin sur lequel nous étions
ballotté, faisant voler en éclat notre conformisme européen représentait pour nous de franche rigolade et un incroyable étonnement, pas encore de la peur. Cela n’est arrivé qu’une heure et demie
après lorsque le bus, après avoir serpenté sur des crêtes couvertes de forêts et sur des chemins bordant de petites vallées, a subitement plongé dans un canyon de 800, 900 ou probablement 1000
mètres de profondeur ! A se stade ils vous faut imaginer les images que beaucoup ont vus concernant la route de la mort en Bolivie à la sauce mexicaine car même si la descente jusqu’au fond
du canyon s’est révélée être acceptable offrant des points de vues incroyables, la suite des événements a été beaucoup moins réjouissante. En effet, une fois le “rio” traversé sur un pont en bois
nous avons débuté ce qui fût pour moi l’un des moments les plus fous de mon existence puisque nous avons longé le canyon, serpenté le long du précipice et tout cela à une allure très réduite et
peu rassurante. Le plus déconcertant sont les
moments où, puisqu’il m’était impossible de
regarder étant donné mon vertige, je pouvais apercevoir les rictus concentrés du chauffeur m’apparaissant confiant mais pourtant vigilant concernant la capacité du chemin a pouvoir accueillir les
4 roues du bus. Ajoutez à cela les petits cris impressionnés des filles, qui faut l’avouer l’étaient beaucoup moins que moi et les “houlalala c’est le précipice là !” ou encore “ oh la vache
c’est haut là et puis il est où le chemin ?”. Alors je crois raisonnablement que pendant ces moments là il faut une sacrée dose de sang froid pour ne pas descendre du bus. Mais il faut
surtout une confiance immodérée en le chauffeur, une vénération sans limite pour le dieu de la mécanique qui fait tenir debout cet amas de métal et qui le maintien merveilleusement sur la “route”
grâce à la plus belle invention de l’homme à ce jour : les freins ! Vous comprendrez alors que j’ai été l’homme le plus heureux du monde en atteignant en fin Batoplias après 5h de
voyage.
Premiers jours au Mexique, plongée dans une nouvelle vie, une nouvelle culture, une nouvelle langue. Ce fût très déstabilisant, puisque pour moi la vie à l’américaine était intégrée,
l’anglais ma langue et les américains mes compagnons de vie au quotidien. Alors en quelques heures de bus j’ai changé de décor, ai été bousculé par la magie du voyage et par le passage de
frontière. En parlant de frontière, celle d’El Paso m’a parût inexistante, à tel point que je n’ai aucun tampon sur mon passeport ni aucun justificatif de mon entrée en tout légalité sur le
territoire Mexicain, ce qui me vaudra d’aller à la recherche du sésame de sortie lors de mon passage à Mexico city. Je l’ai dit, je suis tous les jours à l’école depuis le début de ce voyage et à
l’heure d’aujourd’hui, alors que je maîtrisais les rouages d’une discipline, je bifurque et change de voies pour apprendre à nouveau. Cela donne une dimension à mon voyage qui s’impose petit à
petit à moi comme une évidence : l’adaptabilité ! Ce voyage nécessite effectivement un grand sens de l’adaptabilité car si je ne m’adapte pas au plus vite à mon environnement, si je ne me créé
pas au plus vite des repères, si je ne me fonds pas assez vite au décor je ne supporterai pas mes migrations constantes. Il me faut donc faire mien, cet espace que je découvre chaque jour, en
tout cas c’est comme cela que je conçois les choses et je crois m’en sortir assez bien de ce point de vue là.
américain). Pour ma part, je suis
monté à bord de ce train mythique le 14 au matin avec l’intention de stopper une journée au beau milieu, à Creel, un petit village apparemment très joli, perché à 2200 mètres d’altitude. Cette
première partie du voyage s’est déroulée tout confort, à petite vitesse, en compagnie de mexicains partis visiter la famille ou travailler plus au sud. Jusqu'à Creel ce n’est malheureusement pas
la plus belle partie du voyage, le second tronçon que j’ai prévu pour le lendemain sera apparemment incroyable. Arrivé vers 12h30 à Creel j’ai eu l’immense bonheur d’acquérir un lit dans une
petite auberge pour, tenez vous bien, 80 pesos la nuit (soit à peu près 6 euros) avec petit déj’ et dîner compris ! Et oui, le passage des EU au Mexique c’est cela aussi ! Ma deuxième joie de la
journée, et celle-là n’a pas de prix, c’est d’avoir pu parler pendant plus d’une heure avec la petite famille réunie de l’autre côté de l’écran d’ordinateur, un réconfort tellement appréciable
après avoir eu un horrible moment de doute et de panique à bord du train. Pourquoi ? Parce que cela faisait cinq jours que je n’avais rencontré personne, que la transition anglais/espagnol se
faisait difficilement, et que j’avais du mal à me faire comprendre ce qui est frustrant et attristant quand on recherche soi-même le contact humain, et enfin parce que le voyage à l’aveugle
réserve des surprises permanentes (et oui je n’ai ni guide ni idée de ce qu’il y a faire ici) et que la fatigue fait parfois rêver à un peu de planification. Mais comme la magie du voyage ne met
rarement bien longtemps à agir, après le réconfort de la famille j’ai eu le droit au réconfort d’une formidable rencontre. Alors que j’écrivais sur un banc de la petite place de Creel mon oreille
a capté la mélodie bien connu offerte par la langue de Molière, vu ma solitude vous imaginez bien que je n’ai pas tardé à m’approcher de 4 jeunes françaises apparemment joyeuses et pleine de vie.
Comme à chaque fois, les rencontres sont à géométrie variable et peuvent durer 1 minute, 1 heure, 1 semaine, et comme à chaque fois les premiers échanges sont intenses et curieux laissant venir
le moment qui décide de la suite des événements. Pour notre part, la suite s’est déroulée autour d’un dîner à l’auberge que nous partagions (vous avez dit destin ?), un dîner dont je peux vous
dire aujourd’hui toute l’importance puisqu’il a scellé les bases d’une sacrée aventure qui n’est pas encore terminée à l’heure où je vous écris.