Le récit des pérégrinations d'un jeune rêveur parti faire le plein de bonheur.
San Carlos de Bariloche
Bariloche fût le point le plus au sud de l’aventure Americatrip. A 41 degrés de latitude sud, cette ville a marqué un tournant après une descente de près de six mois depuis les 50eme degrés nord. Le virage s’est effectué en douceur dans une ambiance de village Suisse à l’accent argentin fraîchement redécouvert par mes oreilles. Mais Bariloche c’est surtout une station touristique prisée des Sud-Américains d’une certaine classe, et la présence du lac Nahuel Huapi à proximité ne retire en rien l’atmosphère des bords du lac Léman. Encore une fois un peu “too much” pour moi j’ai opté pour l’exil, certainement le dernier avant mon retour en France. Car par la suite c’est une remontée rapide que je m’imaginais, ce qui ne laisserait donc que peu de temps aux escapades solitaires de ce genre.
J’ai donc fait le plein de nourriture, chaussé les chaussures de marche et sanglé le sac à dos pour m’attaquer à un petit trek de deux, voir trois jours, selon la condition. Je suis parti au pied du Cerro catedral, où il existe une station de ski ouverte de mars à octobre, et où l’équipe de France vient apparemment s’entrainer durant notre été. Fuir la chaleur pour la neige, ils sont fous ces skieurs !
Ma première journée de marche, si elle fût magnifique, fut aussi éprouvante, car il s’agissait de grimper à près de 2000 m pour dormir la première nuit au pied du refuge Emilio Frey. L’ascension valait la peine, et j’ai découvert là-haut un petit lac logé dans une vallée glacière qui me paraissait bien récente vu la fraîcheur de la moraine qui faisait office de barrage, un lieu unique pour se reposer. Se reposer j’en avais bien besoin, en effet, car j’ai eu une terrible prise de conscience, le voyage de ces 6 derniers mois m’a transformé en sportif du dimanche et une journée de marche ma vite fait perdre mes illusions sur un trek de trois jours. Alors, après une nuit bien venteuse mais éclairée par la superbe lumière de la lune se reflétant sur l’azur du lac, je me suis réveillé conscient de mes limites, et convaincu qu’il était plus sage de prendre le chemin du retour. J’ai donc continué à grimper quelques mètres pour redescendre vers la station par un chemin magnifiquement baigné de soleil. Ces deux jours ont été un pas de plus dans la connaissance et l’appréciation de mes limites autant physiques que morales.
La fin de mon séjour à Bariloche s’est fait de flâneries sur les bords du lac et un peu plus profondément dans la ville, un terrain de jeu pas inintéressant pour observer ses congénères. Enfin, je suis parti à l’arrivée de la pluie, en direction de Bahia Blanca. J’ai pris mon envol les pensées toutes dirigées vers mes retrouvailles avec mon amie Ana.
Bahia Blanca
Voilà un peu plus de six mois que j’attendais ce moment, parmi d’autres bien sûr, mais celui-là avait une saveur particulière. En effet, je connais Ana depuis un peu plus de deux ans maintenant, et je me rappelle encore la voir débarquer ce jour de rentrée au laboratoire (un laboratoire où j’ai fait mon master de géomorphologie, tout comme elle, qui continue actuellement en thèse) et l’entendre parler français avec son accent argentin qui me faisait déjà voyager. Alors, sa venue pour son travail concordant avec mon passage dans son pays il me paraissait inévitable de venir partager une bribe de sa vie ici.
En ce soir de Février 2009 elle m’attendait sur le quai du terminal de bus et, à ma descente, il lui a fallu quelques secondes pour me reconnaitre, et oui, ce n’était plus le même Nicolas qui marchait vers elle. Ce moment fut d’une intensité partagée du fait de la route que j’ai dû parcourir pour arriver là, et de la joie qu’elle éprouvait de m’accueillir dans son pays. Ce fût un véritable honneur pour moi de me laisser guider dans sa ville, de rencontrer ses amis et surtout, surtout partager du temps avec sa famille. L’échange a été entier puisque j’avais la chance de parler (plus ou moins bien) le castellano, ce qui n’imposait pas le rôle de traductrice à Ana, et me permettait de participer à leurs échanges, comprendre leurs sujets de discussions et par là-même le pays et sa culture. Ce fût une semaine extraordinaire où j’ai fait le plein d’amitiés à nouveau, le plein d’amour dans une famille dans laquelle je me sentais “presque” comme dans la mienne, et le plein d’avancées, au niveau linguistique et culturel.
Je ne remercierai jamais assez Ana de m’avoir permis de venir partager ces moments avec elle alors qu’elle était débordée de travail. Il me parait évident qu’il existe dorénavant quelque chose d’incassable entre nous, pour elle, qui vit loin des siens en France, avoir quelqu’un avec qui elle peut partager les nouvelles me semble réconfortant.
Buenos Aires
Concernant cette capitale incroyable je crois que le travail effectué avec Jonathan est la meilleure manière de percevoir toute l’intensité de cette étape, alors rendez-vous quelques lignes plus bas.
Rosario
Une étape rapide, mais sensible. Mon désir était de me rendre sur la statue d’Ernesto Guevara. Je l’ai fait et cela non pas pour le monument ni pour me prosterner mais bien pour sentir les ondes du lieu. La statue est érigée dans un quartier très populaire de Rosario, une place parfaite pour cet homme qui a dédié sa vie, comme d’autres, à la défense des plus pauvres.
D’ailleurs, cette ville ma parue débordante d’exclus, de ceux que l’on ne regarde plus, que l’on préfère ignorer. Comme ce cartoneros (un pauvre qui amasse poubelles et cartons dans les rues de la capitale) rencontré avec Jonathan dans un parc de Buenos Aires. Celui-ci est venu nous demander un peu d’eau, qu’il a bien vite expulsée par voie lacrymale, un moment bien difficile et révoltant, mais la simplicité de l’échange et de l’écoute a redonné un peu d’espoir à cet homme dégouté par le genre humain. Lui, Jonathan, Moi, Ernesto Guevara… des Hommes parmi d’autres dont la seule force est, et fût, d’y croire pour ne pas baisser les bras…
“Soyez réalistes, demandez l’impossible” E.Guevara
Americalement.