Le récit des pérégrinations d'un jeune rêveur parti faire le plein de bonheur.
Premiers jours au Mexique, plongée dans une nouvelle vie, une nouvelle culture, une nouvelle langue. Ce fût très déstabilisant, puisque pour moi la vie à l’américaine était intégrée, l’anglais ma langue et les américains mes compagnons de vie au quotidien. Alors en quelques heures de bus j’ai changé de décor, ai été bousculé par la magie du voyage et par le passage de frontière. En parlant de frontière, celle d’El Paso m’a parût inexistante, à tel point que je n’ai aucun tampon sur mon passeport ni aucun justificatif de mon entrée en tout légalité sur le territoire Mexicain, ce qui me vaudra d’aller à la recherche du sésame de sortie lors de mon passage à Mexico city. Je l’ai dit, je suis tous les jours à l’école depuis le début de ce voyage et à l’heure d’aujourd’hui, alors que je maîtrisais les rouages d’une discipline, je bifurque et change de voies pour apprendre à nouveau. Cela donne une dimension à mon voyage qui s’impose petit à petit à moi comme une évidence : l’adaptabilité ! Ce voyage nécessite effectivement un grand sens de l’adaptabilité car si je ne m’adapte pas au plus vite à mon environnement, si je ne me créé pas au plus vite des repères, si je ne me fonds pas assez vite au décor je ne supporterai pas mes migrations constantes. Il me faut donc faire mien, cet espace que je découvre chaque jour, en tout cas c’est comme cela que je conçois les choses et je crois m’en sortir assez bien de ce point de vue là.
américain). Pour ma part, je suis monté à bord de ce train mythique le 14 au matin avec l’intention de stopper une journée au beau milieu, à Creel, un petit village apparemment très joli, perché à 2200 mètres d’altitude. Cette première partie du voyage s’est déroulée tout confort, à petite vitesse, en compagnie de mexicains partis visiter la famille ou travailler plus au sud. Jusqu'à Creel ce n’est malheureusement pas la plus belle partie du voyage, le second tronçon que j’ai prévu pour le lendemain sera apparemment incroyable. Arrivé vers 12h30 à Creel j’ai eu l’immense bonheur d’acquérir un lit dans une petite auberge pour, tenez vous bien, 80 pesos la nuit (soit à peu près 6 euros) avec petit déj’ et dîner compris ! Et oui, le passage des EU au Mexique c’est cela aussi ! Ma deuxième joie de la journée, et celle-là n’a pas de prix, c’est d’avoir pu parler pendant plus d’une heure avec la petite famille réunie de l’autre côté de l’écran d’ordinateur, un réconfort tellement appréciable après avoir eu un horrible moment de doute et de panique à bord du train. Pourquoi ? Parce que cela faisait cinq jours que je n’avais rencontré personne, que la transition anglais/espagnol se faisait difficilement, et que j’avais du mal à me faire comprendre ce qui est frustrant et attristant quand on recherche soi-même le contact humain, et enfin parce que le voyage à l’aveugle réserve des surprises permanentes (et oui je n’ai ni guide ni idée de ce qu’il y a faire ici) et que la fatigue fait parfois rêver à un peu de planification. Mais comme la magie du voyage ne met rarement bien longtemps à agir, après le réconfort de la famille j’ai eu le droit au réconfort d’une formidable rencontre. Alors que j’écrivais sur un banc de la petite place de Creel mon oreille a capté la mélodie bien connu offerte par la langue de Molière, vu ma solitude vous imaginez bien que je n’ai pas tardé à m’approcher de 4 jeunes françaises apparemment joyeuses et pleine de vie. Comme à chaque fois, les rencontres sont à géométrie variable et peuvent durer 1 minute, 1 heure, 1 semaine, et comme à chaque fois les premiers échanges sont intenses et curieux laissant venir le moment qui décide de la suite des événements. Pour notre part, la suite s’est déroulée autour d’un dîner à l’auberge que nous partagions (vous avez dit destin ?), un dîner dont je peux vous dire aujourd’hui toute l’importance puisqu’il a scellé les bases d’une sacrée aventure qui n’est pas encore terminée à l’heure où je vous écris.
